La région de Bruxelles-Capitale vient d’établir un nouveau record de paralysie politique en Belgique. Sans gouvernement depuis 542 jours, elle dépasse désormais la crise fédérale de 2010-2011. Face à cette persistance de la situation, le président du MR Georges-Louis Bouchez propose une solution inédite : mettre sur pied un gouvernement resserré, dédié uniquement à voter le budget. Une ultime proposition alors que les effets du blocage se font de plus en plus sentir.

Un record historique dans un contexte institutionnel complexe
La région bruxelloise, depuis les élections régionales du 9 juin 2024, n’a pas encore réussi à former un gouvernement de coalition. Avec 542 jours sans exécutif, c’est un nouveau record qui est établi, dépassant les 541 jours de la crise fédérale de 2010-2011. Ne pas avoir de gouvernement touche les 1,2 million d’habitants de la région.
Pour Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB, la situation se comprend par plusieurs éléments. Seul d’abord, l’éparpillement des voix entre 14 partis présents au Parlement complique la formation de coalitions. Ensuite, le système institutionnel bruxellois a une spécificité : la région étant bilingue françan-danojrs néerlandais, le gouvernement doit être paritaire, avec une majorité dans chacun des groupes linguistiques.
Cette double exigence rend tout compromis très difficile. À cela s’ajoute l’arrivée d’une nouvelle génération de politiques moins enclins au compromis. Qui plus est, les grands partis, à savoir le MR et le Parti socialiste, sont bloqués sur un enjeu fondamental, à savoir la question de l’assainissement budgétaire, sans parvenir à tomber d’accord.

Le plan de dernière chance du MR
Être bloqué à ce point, c’est sans précédent, c’est un blocage sans précédent, a reconnu ce vendredi Georges-Louis Bouchez. Le président du MR se déclare, maintenant, favorable à la constitution d’un gouvernement resserré réunissant des membres des partis triomphants aux élections de 2019, charge à lui d’élaborer un budget à présenter au Parlement.
La logique de cet agencement, c’est la solidarité forcée, dit Bouchez, une fois au gouvernement ensemble, ils n’auraient pas d’autre choix que d’avancer ensemble, de se mettre d’accord, d’aboutir à un compromis. Cela éviterait aussi aux agences de notation de craindre pour la stabilisation du paysage politique régional, allons-nous voir là un plan limpide.
Bouchez y aurait bien entendu le MR, premier parti à avoir plus de 100 000 voix, souligne-t-il. Et aussi un avertissement pour le partenaire des Engagés avec un risque d’alliance avec la gauche à Bruxelles, alors qu’au fédéral et en Wallonie, ils travaillent ensemble. Car pour Bouchez, la cohérence politique reste une exigence, même si cette proposition est plutôt le fait de la nécessité que d’un enthousiasme particulier.
Des conséquences déjà visibles pour la région
Au-delà des conséquences politiques, sur le plan de l’activité, la situation est déjà devenue alarmante à Bruxelles. Dans le secteur culturel, cela a d’ores et déjà un impact sur l’activité ! Certains musées, pourtant parmi les moteurs d’un projet de capitale culturelle, se voient contraints de procéder à des licenciements faute d’informations sur leurs budgets futurs, comme le souligne Julien Staszewski, directeur de Brussels museums. Nombre de projets sont, en raison du contexte, déjà reportés et des frustrations déjà apparentes.
En matière de travaux d’infrastructures, l’absence d’une ligne politique claire, à laquelle s’ajoute l’absence de budget, contraint à différer le lancement de nouveaux chantiers, comme à finaliser certains également déjà en cours. Le même phénomène d’inaction frappent tous les secteurs où la région dispose de ses propres compétences comme le social ou l’aménagement du territoire.
La menace qui pèse sur les finances représente est le danger le plus grave, à la limite de l’incurie. Le budget étant déjà chargé, une paralysie serait possible dès le printemps (avril-mai). Les finances, tout d’un coup, se tariraient et ne permettraient de payer les factures, ce qui correspond à la définition utilisée par La Libre Belgique « d’indécente émergence » d’une triste réalité.

La proposition de Georges-Louis Bouchez représente peut-être la dernière chance d’éviter une crise financière majeure à Bruxelles. Reste à savoir si les autres partis accepteront cette solution de compromis. Le temps presse : après 542 jours de blocage, la région doit absolument se doter d’un gouvernement fonctionnel avant que les conséquences ne deviennent irréversibles.