Le cancer du poumon reste l’une des pathologies les plus meurtrières du pays, avec un taux de survie à cinq ans d’à peine 30 %. Malgré des avancées médicales majeures, la Belgique ne dispose toujours pas d’un programme officiel de dépistage préventif. L’Hôpital Universitaire de Bruxelles (HUB), qui réunit plusieurs institutions médicales d’excellence, réclame une action rapide des autorités pour détecter les cas plus tôt et améliorer les chances de survie.
Pourquoi un dépistage précoce devient urgent
Chaque année, le mois de novembre remet la sensibilisation au cancer du poumon sous les projecteurs. Pour les équipes du HUB, ce rendez-vous ne doit pas se limiter à une campagne informative : il doit s’accompagner de mesures concrètes.
Selon Blandine Jelli, onco-pneumologue à l’Institut Bordet, la situation est claire : le cancer du poumon est fréquent, souvent silencieux, mais potentiellement détectable très tôt grâce aux outils modernes. Les techniques chirurgicales et diagnostiques évoluent, les scanners sont de plus en plus précis, et l’analyse d’imagerie est désormais renforcée par l’intelligence artificielle. Les conditions médicales sont donc réunies pour agir plus tôt… à condition que le dépistage soit rendu accessible.
Le HUB dispose déjà d’une filière opérationnelle capable de prendre en charge des patients asymptomatiques mais à risque. Le véritable frein n’est pas technique, mais administratif : les scanners de dépistage ne sont tout simplement pas remboursés en Belgique. Sans soutien officiel, de nombreuses personnes à risque passent à côté d’un diagnostic précoce.
Un dépistage ciblé dès 50 ans pour sauver des vies
Les spécialistes du HUB plaident pour une détection systématique à partir de 50 ans, qui correspond malheureusement au pic d’incidence du cancer du poumon. Le dépistage pourrait être proposé jusqu’à 75 ans, tant que l’état de santé général du patient permettrait un traitement en cas de diagnostic positif.
Ce programme fonctionnerait comme d’autres modèles déjà en place dans le pays : dépistage du cancer du sein, du col de l’utérus ou du cancer colorectal. Dans ces domaines, l’organisation structurée et l’envoi d’invitations officielles ont permis d’augmenter considérablement les dépistages et de réduire la mortalité. Les oncologues souhaitent appliquer exactement la même logique pour le cancer du poumon.
Les personnes concernées se répartiraient en deux catégories :
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les fumeurs actifs,
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les anciens fumeurs ayant arrêté depuis moins de dix ans.
Ces profils représentent les populations les plus exposées, même en l’absence totale de symptômes.

Un dépistage bénéfique pour la santé… et pour la société
Au-delà de l’impact humain, le dépistage précoce représente aussi un enjeu financier important. Une prise en charge anticipée coûte en moyenne 18.000 € par patient. À l’inverse, les traitements des cancers avancés impliquent des thérapies coûteuses : immunothérapies, chimiothérapies lourdes, hospitalisations répétées.
En santé publique, un traitement est considéré comme rentable en Belgique lorsqu’il coûte moins de 30.000 € par année de vie gagnée. Le dépistage s’inscrit largement en dessous de ce seuil, ce qui en ferait une mesure gagnante pour le patient… comme pour les finances publiques.
Un dépistage simple, rapide et indolore
Le processus de dépistage proposé par le HUB est volontairement simple afin de lever les réticences. Il repose sur un scanner thoracique à faible dose, sans douleur et réalisé en quelques minutes. Le résultat est ensuite analysé par une équipe de radiologues, appuyés par des systèmes d’intelligence artificielle capables de détecter des nodules millimétriques.
Si un nodule apparaît à l’imagerie, plusieurs options sont possibles :
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un PET scan pour préciser la nature de la lésion,
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des examens endoscopiques,
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ou une prise en charge chirurgicale immédiate si le risque est avéré.
Ce protocole permet d’intervenir rapidement, souvent avant que la maladie ne se propage, ce qui augmente considérablement les chances de guérison.
Le HUB envoie un message clair aux autorités : le dépistage officiel du cancer du poumon doit devenir une priorité nationale. Entre les avancées médicales disponibles, les bénéfices financiers évidents et la lourde mortalité actuelle, le statut qu’on n’est plus possible. Détecter plus tôt, c’est sauver plus de vies. La Belgique a désormais toutes les cartes en main pour franchir ce cap décisif.

