Le projet de “Schengen militaire” est devenu un axe central de la défense de l’Union européenne. Il s’inscrit dans le cadre de tensions croissantes, où la capacité à transporter presque instantanément des troupes et du matériel au sein du continent européen devient une question de sécurité stratégique. C’est même la raison pour laquelle la Belgique pourrait être celle qui prend la tête de cet arsenal militaire.
Qu’est-ce que le “Schengen militaire” ?
Le projet “Schengen militaire” est celui d’une zone de transit rapide pour les forces militaires à l’intérieur de l’UE, dans le but de supprimer certaines lenteurs administratives. L’objectif est d’harmoniser et d’accélérer les autorisations et les procédures de transit transfrontalier. Lors des situations normales, il s’agirait d’un délai d’autorisation de trois jours, et en urgence, six heures.
Il est aussi proposé un pool de solidarité logistique : les États membres qui mettraient leurs moyens en commun, comme trains, ferries ou avions, pour des déploiements accompagnés.
Le rôle stratégique de la Belgique
Des projets soutenus par l’UE
La Belgique est un pays particulièrement bénéficiaire du Connecting Europe Facility (CEF), qui consacre au total 1,74 milliard d’euros à des projets d’infrastructures à double usage (civil / militaire).
Ainsi, trois projets belges sont prioritaires : le nœud ferroviaire de Montzen pour permettre le passage de trains de 740 m adaptés au transport militaire, le port d’Anvers, modernisé pour embarquer du matériel militaire, et le port de Zeebrugge, également optimisé pour des usages militaires et civils.
Une coopération interinstitutionnelle
La stratégie mobilise plusieurs entités belges : le SPF Mobilité, la Défense, Infrabel, ainsi que les Autorités portuaires.
Cette approche « whole of government » garantit que les infrastructures civiles et militaires avancent de pair.
Modernisation des infrastructures

Les investissements portent sur les champs suivants : le rail : adaptation des voies pour des trains très longs et lourds, renforcement de ponts et de tunnels ; les ports : mise en place de hubs maritimes à double usage (civil + militaire) ; les routes : réhabilitation de tronçons stratégiques, consolidation de ponts, en vue de permettre aux équipements militaires lourds de passer. Les conséquences géopolitiques
Les conséquences géopolitiques
La modernisation des infrastructures permet à la Belgique de devenir la porte d’entrée stratégique pour les forces européennes. Sa situation géographique ainsi que ses connexions ferroviaires et maritimes en font un lieu de déploiement rapide privilégié. En outre, cette initiative force les États membres à coopérer : exercices logistiques, stress test, échanges entre autorités militaires et civiles.
Cette stratégie n’améliore pas seulement la posture stratégique de la Belgique, mais permet également à l’UE de renforcer sa résilience collective face aux crises. [(Loi-cadre pour les politiques publiques des infrastructures de transport, 2014) + (Stratégie nationale logistique pour sécurité du pays, 2018) + (Stratégie militaire pour sécurité, 2021) + Projet de loi « Infrastructures pour la mobilité et la logistique », 2024]
Les défis à relever
Mais la route est semée d’embûches : Le surcoût des infrastructures duales constitue une barrière ; Les problèmes techniques à résoudre sont nombreux (gabarit ferroviaire, ponts à renforcer) ; La coopération entre États membres bute sur des incompatibilités administratives ; Le double emploi de certaines infrastructures pose des questions politiques et environnementales ; Enfin si le transport civil est majoritaire, l’usage militaire risque d’en souffrir.
La Belgique, centrale dans le projet de « Schengen militaire » est, à travers des investissements massifs et une coopération interinstitutionnelle forte, l’élément de renforcement de sa position stratégique dans l’UE. Les projets de modernisation ferroviaire et portuaire sont autant d’exemples d’une volonté d’assurer un déploiement rapide et fluide des forces armées européennes. Le succès de cette initiative dépendra de la capacité de tous les acteurs à maintenir l’effort et à ne pas se laisser séduire par un intérêt civil au détriment de l’intérêt militaire