Cohésion sociale en péril : pourquoi la Belgique n’est pas prête

Politique

La Belgique fait face à un constat alarmant : selon le premier rapport national BCRA du Cerac. Les risques climatiques menacent désormais l’économie, la santé, les infrastructures et la cohésion sociale. Sécheresses, inondations, dégradation des sols ou perte de biodiversité révèlent un pays insuffisamment préparé. Sans politiques d’adaptation renforcées, la sécurité et la stabilité sociale pourraient être profondément compromises.

Les fractures sociales qui fragilisent la cohésion nationale

En Belgique comme ailleurs en Europe, la cohésion sociale se fissure sous l’effet d’inégalités persistantes. Les débats récents sur les violences urbaines montrent comment pauvreté, exclusion et discrimination créent une situation explosive. À gauche, beaucoup lient ces tensions à une fracture sociale profonde marquée par l’accès difficile à l’emploi. Les obstacles au logement et l’isolement dans des quartiers stigmatisés renforcent cette fracture. Ces réalités nourrissent la frustration et alimentent un fort sentiment d’abandon.

Pourtant, la situation dépasse l’opposition classique entre riches et pauvres. Certains territoires très précarisés connaissent les mêmes difficultés sans être associés à des violences. Les anciens bassins miniers et les zones rurales isolées illustrent parfaitement cette réalité complexe. Faibles revenus, chômage long, échec scolaire et familles monoparentales y sont aussi présents. Le manque de mobilité et l’isolement social aggravent encore ces situations. Les symptômes restent identiques, mais la perception publique diverge fortement.

Cette disparité révèle une réalité réellement préoccupante. Toutes les formes de pauvreté ne bénéficient pas de la même visibilité. Certains quartiers sont rapidement stigmatisés malgré des situations similaires ailleurs. D’autres zones souffrent en silence sans réelle mobilisation nationale. Ce déséquilibre affaiblit encore davantage la cohésion sociale déjà fragilisée. Il creuse un fossé entre citoyens partageant pourtant les mêmes difficultés. Comprendre ces fractures et leurs représentations devient essentiel pour préserver la stabilité sociale.

Une sécurité mise à l’épreuve : signes d’un manque de préparation

Les services d’urgence — pompiers, policiers, ambulanciers et personnels paramédicaux — font face à des réalités professionnelles d’une intensité que la plupart des citoyens ne rencontreront jamais. Leur quotidien alterne entre longues périodes d’attente et brusques élans d’action, marqués par un stress psychologique brutal, une activité physique intense et une obligation de résultat quasi absolue. Une erreur peut coûter des vies, et les codes de conduite y sont stricts, parfois rigides, afin de garantir une procédure impeccable.

Mais derrière cette discipline, une fragilité apparaît :

des équipes qui doivent gérer des risques de plus en plus variés, parfois sans formation adéquate ;

une pression hiérarchique forte, qui peut ralentir la prise d’initiative sur le terrain ;

un matériel et des infrastructures qui ne suivent pas toujours l’évolution des menaces modernes ;

des missions qui demandent une adaptabilité extrême, alors que les effectifs peinent déjà à suivre la charge de travail.

Les témoignages recueillis auprès de différents syndicats et acteurs du terrain confirment cette réalité. Pompiers, ambulanciers et services paramédicaux partagent tous un même constat : l’état de préparation actuel ne suffit plus face aux défis contemporains, qu’il s’agisse d’incendies plus fréquents, de crises sanitaires, d’événements climatiques extrêmes ou de risques sécuritaires grandissants.

la Belgique reconstruire sa cohésion sociale

Face aux tensions croissantes et aux défis sécuritaires, la Belgique doit repenser en profondeur ses stratégies pour renforcer la cohésion sociale. Les analyses de la DICS (Direction Interdépartementale de la Cohésion Sociale) fournissent un cadre essentiel en identifiant les droits fondamentaux et les facteurs clés qui structurent l’équilibre social en Wallonie. Mais pour reconstruire un tissu social fragilisé, il faut aller au-delà du diagnostic et comprendre les interactions entre institutions, citoyennes et citoyens, et dynamiques socio-économiques.

Aux quinze facteurs initiaux définis par la DICS s’ajoute un ensemble plus large de variables. La cohésion sociale dépend de l’action coordonnée d’un vaste réseau d’acteurs :
– les dispositifs publics comme les Plans de cohésion, les CPAS, les Provinces ou les communes ;
– les organisations partenaires telles que l’AVIQ, le FOREM, l’Observatoire de la Santé, les Sociétés de Logements publics ou les Agences immobilières sociales ;
– les acteurs éducatifs et formateurs, dont le système éducatif, l’IFAPME ou l’ONE ;
– les initiatives citoyennes, comme la Plateforme pour le service citoyen ou les Centres de Médiation ;
– ainsi que les enjeux transversaux : vieillissement, numérisation, ressources disponibles, valeurs collectives ou participation citoyenne.

Reconstruire la cohésion sociale signifie analyser un système vivant fait de relations multiples : qui interagit avec qui ? quand ? avec quelle intensité ? comment ces liens évolueront-ils d’ici 2050 ? Cette cartographie dynamique permet d’anticiper les transformations possibles du système wallon et d’imaginer divers scénarios : émergences, transitions, crises ou résilience renforcée.

Cet exercice prospectif a déjà généré des impacts concrets : implication des parties prenantes, expérimentations innovantes, apprentissage collectif et controverses constructives ayant affiné les stratégies.

Dans un contexte de sécurité fragilisée, cette approche systémique montre que la Belgique possède les ressources nécessaires pour rebâtir une cohésion sociale solide — à condition d’investir pleinement dans la collaboration et l’innovation.

Face aux crises climatiques, sociales et sécuritaires, la Belgique doit impérativement renforcer sa cohésion sociale. Seule une stratégie collective, fondée sur la prévention, l’adaptation et la solidarité, permettra d’éviter l’aggravation des fractures et de garantir la stabilité du pays dans les décennies à venir.

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